Historique

Même si les recherches familiales restent incomplètes, il est quasiment certain que Julien Bertho, beau-père de Joseph Morio, fut l'un des tous premiers, sinon le premier "automobiliste"(nom de la profession autrefois) du département et de la région. Né en 1890, cet homme passionné de découverte, photographe, parlant anglais, a commencé son activité de transport avant 1914 avec un autocar assurant la liaison régulière Grand-Champ-Vannes. Avec son frère, Mme Morio née Marie Bertho, se souvient avoir eu comme terrain de jeu un autocar désaffecté stationné derrière la maison. C'est peut-être ainsi que le virus du transport l'a touchée et qu'elle l'a transmis à sa fille. A la fin de la seconde guerre, la ligne de transport est vendue à la famille Cusson de Vannes. Cette activité pour la famille Bertho-Morio aurait pu s' arrêter là mais.....


Destinée                                                


Le destin peut réserver bien des surprises, mais quand les signes sont là, il s'accomplit. Tenir un volant est une seconde nature pour Joseph Morio et cela dès sa jeunesse. Son père ? Il était transporteur de marchandises à Locqueltas. Pendant les week-ends, le camion bâché conduisait ses passagers au pèlerinage à Ste-Anne ou les joueurs de football pour les compétitions. Son service militaire ? Devinez, il l'a effectué en qualité de chauffeur du général Dody, gouverneur militaire de Metz. De cette période sous les drapeaux et au volant, Job se souvient du jour où il a fallu transporter dans sa voiture 12 étoiles : le général de Lattre de Tassigny 5 étoiles, le général Dody 4 étoiles et un général de division 3 étoiles. Le compte y est et la responsabilité a été assumée sans faille. ll transportera pendant cette période des personnalités : Maurice et Robert Schuman, Louis Taquinot, ministre d'Etat représentant le Général de Gaulle.


Un certain 12 avril 1950


Installé à Grand-Champ, passionné par la conduite, permis de conduire en poche depuis 1940, Job Morio prend la décision le 12 avril 1950 d'acheter à la famille Cusson de Vannes, l'exploitation de la ligne Grand-Champ/Vannes, et pour ce faire, il acquiert un superbe autocar rose, de marque " Panhard "avec un lévrier sur le côté, précise Job, qui se souvient avec émotion de cette période. Les premiers voyages conduisirent le samedi de nombreuses personnes qui allaient vendre au marché de Vannes les produits de la ferme. Une période commence, riche en anecdotes : "Certains jours, se souvient Job, j'avais près de 130 personnes à transporter sur toute la route dans un autocar de 45 places sans qu'il y ait possibilité de faire un deuxième tour ou même un demi-tour, la réglementation l'interdisait. Alors vous pensez! Plusieurs personnes retournaient chez elles fâchées". Ces jeunes fermières de l'époque n'ont pas oublié cette période, comme Mme Jégousse de Kermoch, 94 ans , qui alors lui a dit : "Ah mon cochon, tu nous jouais des tours mais on te pardonne.Dans l'autocar, les commérages allaient bon train. Dans la remorque à l'arrière, étaient installés les paniers de beurre, les œufs, poules et cochons à l'aller ; poussins, marchandises et colis pour les commerçants locaux au retour. "Dans des sacs en toile qu'ils avaient vite fait de dévorer, ajoute Job, les petits cochons se retrouvaient vite en liberté à l'intérieur du car. Une fois, ce fut même un bouc. Ce fut la seule fois, mais six mois après, l'odeur était toujours dans le car". Avec en 1951 la ligne Brandivy-Auray, puis 1956 Grand-Champ-Locminé par Loperhet, enfin en 1959 Sainte Anne par Corn en Arat, Coët.er Garff et Vannes par Le Visclen, Job et son épouse, discrète mais au combien efficace assuraient la desserte des marchés locaux. Toutes ces lignes, furent progressivement abandonnées quand les voitures firent leur apparition dans les villages. Outre ce service régulier, il y avait les services occasionnels : les mariages, les journées à la plage, les déplacements des équipes de football. M. et Mme Morio ont aussi exploité un taxi et une quincaillerie. Tous deux devaient partager toutes les tâches, Mme Morio partagea aussi celle du transport avec assurance et à son actif plusieurs milliers de kilomètres-de conduite.
En1961 commence le service du transport scolaire. Dans ce domaine, la commune fut une pionnière. A la demande et sur l'initiative de M. Blévin, à l'époque adjoint au maire, la première ligne fut créée à titre d'essai pour les élèves du primaire par Kerret, Loperhet et Kerdelan jusqu'au bourg. Rapidement, un second circuit fut assuré par Corn en Arat, Locmiquel, Coulac. D'un circuit, le service en est arrivé à trente. "Le grand boum de ce service s'est produit avec la création du collège St-Joseph, précise Job. Il fallut disposer d'un nombre croissant de cars et bien sûr de chauffeurs. Heureusement, ma femme était habile au volant et j'ai eu I'idée d'employer des femmes pour chauffeurs". Révolutionnaire à l'époque, c'est devenu banal maintenant.
Le transport occasionnel s'est aussi beaucoup développé avec les voyages de groupe, les voyages organisés à la place et les pèlerinages organisés par le frère de Job, le chanoine Morio, décédé en1989, un homme passionné lui aussi de voyages et de découvertes.

 

Deux millions de kilomètres


Quarante années de conduite représentent un beau kilométrage, pas moins de deux millions de kilomètres au volant de son Panhard de 1950 ou encore du "Chausson" ou du Saviem. Tout cela sans accident, sans accrochage. Un bel exploit salué en 1974 par la médaille de la prévention routière et en 1976, la médaille d'argent des transports routiers.
Avec une telle carrière de quarante années de chef d'entreprise à la tête de vingt salariés et chauffeurs, les souvenirs ne manquent pas. La fête organisée à l’occasion de son départ en retraite permit de se les remémorer en compagnie de son épouse, de sa famille et de tous les chauffeurs parmi lesquels plusieurs ont reçu la médaille d'honneur du travail, un bel exemple de fidélité et d'esprit d'entreprise. "Sans eux, l'entreprise, concluent M. et Mme Morio, ne serait pas ce qu'elle est. Nous les remercions tous, comme les clients et amis qui nous ont fait confiance". La route tracée depuis Julien Bertho, puis avec Job va se poursuivre pour l'entreprise avec Marie-Paule Kerrand et son mari Bertrand Kerrand qui depuis le 1 octobre 1990, en ont repris les rênes.


L’entreprise reste familiale


Depuis le 1er octobre 1990, Marie-Paule Kerrand a pris le relais de l'entreprise qui, avec la troisième génération sous la même enseigne "Voyages Morio", reste une entreprise familiale. La partie administrative lui revient, la partie technique est confiée à son mari Bertrand. Jean-Paul, gendre de M. et Mme Morio travaille aussi dans l'entreprise. "L'entreprise conserve sa taille humaine, indique Marie-Paule Kerrand,'et reste animée par le même esprit qui y a toujours régné : convivialité et bonne humeur, et surtout avec le même personnel. Nous allons continuer sur la lancée dont les grandes lignes ont été tracées par mes parents tout en diversifiant ses activités en trois grands secteurs : le transport scolaire bien sûr, service public s'il en est qui continuera à être amélioré en accord avec la commune et les services techniques du Conseil Général ; les voyages de groupe seront développés avec tout le professionnalisme de l'équipe (Voyages occasionnels et voyages organisés)

 


Opportunité mais surtout passion


Qu'est ce qui a conduit ce jeune couple à prendre la décision de poursuivre I’ activité ? Marie-Paule et son mari n'hésitent pas à répondre. "Il y a bien sûr I’ opportunité. Car l'affaire familiale existe. Elle doit perdurer ou disparaître! Ce fut pour nous, suite à notre décision en 1986 de rentrer dans notre Morbihan natal après une carrière de marin pour Bertrand et pour moi une formation de microbiologiste, une nouvelle décision importante à prendre". Opportunité certes, mais surtout la passion pour un métier qui n'a pu naître qu'au contact du bon professeur qu'a été leur père et beau-père. "Un homme responsable, respecté et aimé de ses collaborateurs". Un bel hommage des enfants qui aiment les voyages, Bertrand a été chef de quart dans la marine. "Mais surtout, pour nous ce qui compte, c'est la présence au sein de l'entreprise de collaborateurs dévoués, conscients de la lourde responsabilité qui leur incombe, soucieux de la bonne marche de l'entreprise ; et la grande qualité des rapports avec la clientèle, un aspect flatteur dans cette profession dure par la concurrence farouche qui existe et la lourde responsabilité qui y incombe".